De omni re scibili, et quibusdam aliis

lundi, octobre 3 2016

N'espérez pas vous débarrasser du livre numérique

Depuis deux ans, certains semblent avoir scellé le sort du livre numérique. Arnaud Nourry, PDG d’Hachette, affirmait en mars 2016 que le livre numérique « était en déclin »[1]. Lui-même, d’ailleurs, se demande « si les lecteurs numérique ne se demandent pas à quoi ça sert » (sic).

Les journalistes qui parlaient encore en 2011 d’un livre papier appelé à disparaître, enchaînent désormais des articles sur la mort du livre numérique. Pendant ce temps, les thuriféraires du numérique sont beaucoup plus discrets, et ses ennemis intimes – l’« eBook » a beaucoup d’ennemis intimes, reconnaissons-le –, jubilent en privé sur l’air du « on-vous-l’avait-bien-dit ».

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dimanche, mai 23 2010

De l'autre côté de l'écran

L’intensification des échanges commerciaux sur l’Internet, la vitesse et l’augmentation du nombre et du montant global des transactions, la chute des prix de vente de la plupart des produits, le sentiment d’immédiateté éprouvé par l’internaute, de plus en plus enclin à faire ses achats depuis son domicile, tout ceci ne pouvait se faire sans la mise en œuvre de nouvelles logiques de distribution. Conçu à l’origine comme une plate-forme d’échange et de diffusion libres et gratuits de contenus scientifiques et informatifs, l’Internet a ainsi imposé un nouveau modèle économique et social, décuplant les effets de la division traditionnelle du travail dans l’économie capitaliste.

Ce modèle est d’une terrifiante simplicité : d’un côté, des cadres dirigeants et des programmeurs intéressés aux bénéfices par le biais des stock-options, de l’autre, des manutentionnaires en situation de grande précarité, travaillant dans de vastes entrepôts proches des grands axes routiers, qui traitent les commandes et expédient quotidiennement des millions de colis, et des centres d’appel, localisés dans les pays en voie de développement, en charge de la relation client.

Les cadres des grandes sociétés de l’Internet, qu’ils appartiennent à la sphère du marketing ou à celle de la programmation informatique, sont les enfants chéris de cette nouvelle société. Généralement, leur rémunération est triple, composée d’une part fixe (salaire mensuel), d’une part variable (intéressement aux résultats) et d’une part différée (les fameuses stock-options), quand la société est cotée en Bourse. Ils ont généralement moins de trente ans lorsqu’ils font partie des services de recherche et de développement, un peu plus dans le cas des cadres administratifs et commerciaux. À titre d’exemple, un ingénieur employé par Amazon en charge du développement de la plate-forme perçoit, selon son expérience, entre 80 000 et 120 000 dollars par an ; même chose pour un analyste financier [1].

La masse de travailleurs précaires affectés aux entrepôts du commerce électronique à travers le monde ne bénéficie pas du même traitement : cadences de travail toujours plus élevées, droits sociaux réduits à la portion congrue, généralisation des contrats précaires et obstacles mis au développement des organisations syndicales se combinent avec des salaires souvent inférieurs au salaire horaire minimum garanti.

Amazon : des « associés » moins égaux que d’autres

Le cas d’Amazon est à ce titre emblématique. La firme, fondée par Jeff Bezos en 1995, avait été érigée en modèle de la nouvelle économie, peu avant l’explosion de la bulle spéculative sur les entreprises de l’Internet, en 2000. En 1999, Jeffrey Preston Bezos était même sacré « personnalité de l’année » par le très sérieux magazine Time [2]. Bezos a la prétention de révolutionner les relations sociales au sein de l’entreprise, en même temps que le mode de fonctionnement économique de celle-ci. Le discours officiel est qu’Amazon n’a pas de salariés, seulement des « associés », puisqu’en principe tout employé recruté par la firme en CDI se voit aussi attribuer un certain nombre de stock-options. Cet intéressement aux résultats de l’entreprise suffirait à faire naître chez tous, du directeur commercial de la maison mère au chef de rayon de l’entrepôt du Bedfordshire, le sentiment de participer à un projet commun. Cette posture a d’ailleurs valu à Jeff Bezos une image médiatique de patron humain et compréhensif, de « Mr Nice Guy » [3], que la réalité des conditions de travail dans le secteur de la distribution de l’entreprise vient pourtant sérieusement écorner.

Les internautes adeptes de l’e-shopping sont familiers de l’enseigne d’Amazon, vaste librairie en ligne à laquelle ils sont systématiquement renvoyés (les fameux « liens entrants » opèrent ici à plein régime) lorsqu’ils effectuent une recherche portant sur à peu près n’importe quel ouvrage. On connaît beaucoup moins en revanche la partie immergée de ce gigantesque iceberg, celle de la distribution. De fait, ce n’est qu’assez récemment que le grand public a pu avoir connaissance des conditions de travail dans les entrepôts de la firme. En décembre 2008, la journaliste Claire Newell, parvenue à se faire recruter comme intérimaire dans l’une de ces immenses plaques tournantes située à Bedfordshire, en Angleterre, livre une enquête qui fait grand bruit. Publié par le Sunday Times [4], le constat est édifiant, et l’article sera repris un peu partout dans le monde [5]. La journaliste infiltrée y décrit les cadences infernales, les objectifs quasi impossibles à atteindre, le contrôle exercé par des managers sourcilleux, mais aussi par un système de vidéosurveillance extrêmement sophistiqué. Dans cet entrepôt, les manutentionnaires parcourent chaque jour jusqu’à 22 kilomètres pour un salaire de 7,50 euros de l’heure, une partie de cette somme servant d’ailleurs à payer le transport pour atteindre un lieu de travail situé loin de toute agglomération. La journée de travail n’est interrompue que par deux pauses de 15 et 20 minutes ; aux cinq journées de travail hebdomadaire s’ajoute une « nuitée » obligatoire de 10 h 30, du samedi soir au dimanche matin. En outre, la direction alloue à chaque employé un quota fixe de six points ; chaque absence, même justifiée par un certificat médical, entraîne le retrait d’un point. Au bout de six points, c’est la porte. Sans surprise, peu de citoyens anglais acceptent de telles conditions de travail. La plupart des manutentionnaires sont donc des ressortissants de pays d’Europe de l’Est, qui espèrent ainsi obtenir une prolongation de leur permis de séjour. Un intérimaire britannique confie d’ailleurs à Claire Newell : « “Ces pauvres diables”, qu’est-ce qu’ils endurent ! » Il ajoute : « Jamais plus je ne regarderai Amazon de la même manière ». Inutile de préciser que, face à ces conditions de travail, les employés extrêmement précarisés d’Amazon sont à peu près dépourvus de tout moyen de faire entendre leurs revendications. C’est aussi le cas des salariés peut-être un peu mieux lotis des services clients du groupe, qui, en tant que titulaires de CDI, possèdent des actions dans l’entreprise. Dès lors, puisqu’ils en sont « propriétaires », comme aime à le dire son fondateur Jeff Bezos, nul besoin pour eux d’en passer par une quelconque action collective pour faire entendre leur voix. C’est en se fondant sur ce principe qu’en 2000, le groupe de Jeff Bezos s’efforça d’empêcher la création du tout premier syndicat de l’économie numérique américaine, au sein du service clients de sa maison mère, à Seattle. Au premier trimestre 2000, le chiffre d’affaires d’Amazon était en recul de 17 % (soit 99 millions de dollars de perte). Pour faire face à cette situation, le siège avait imposé un plan de rigueur au sein de l’entreprise, tout en demandant des augmentations très importantes de productivité dans ses entrepôts. Parallèlement, des services entiers, basés à Seattle, étaient délocalisés en Inde (plateaux d’appels) et au Dakota du Nord. Dans ce contexte, les employés de Seattle, et en particulier ceux du service clients, soutenus par deux syndicats américains, WashTech (Washington Alliance of Technological Workers[6]) et le POF (Prewitt Organizing Fund), initièrent un mouvement de recrutement et d’organisation collective, dans la perspective de négociations avec la direction du groupe. Or, pour Jeff Bezos, on l’a vu, la pratique syndicale est tout à fait inutile au sein d’Amazon, puisque, par le biais de l’intéressement (les stock-options), « chacun (...) peut y exercer à tout moment son droit à soulever des questions et des préoccupations liées au lieu de travail » [7]. Très vite, un certain nombre de décisions furent prises qui ne laissèrent guère planer de doute sur les intentions de la direction. Les cadres de Seattle reçurent tout d’abord par e-mail l’instruction de prévenir les activistes des risques liés au développement de toute activité syndicale : « Informez les représentants du personnel des inconvénients inhérents à la syndicalisation, notamment les grèves et la gestion des piquets de grèves, les amendes, les cotisations. » Des réunions se tinrent, où chacun était fermement convié – quitte à prendre sur ses jours de congé – pour s’entendre exposer, sans possibilité de discussion, tous les maux du syndicalisme. Bientôt, les stands installés par les représentants du personnel dans la cafétéria furent interdits au motif qu’ils violaient le règlement sur le prosélytisme – tandis que d’autres stands faisant la publicité d’actions culturelles étaient, quant à eux, parfaitement tolérés. Puis les premières rumeurs de licenciements commencèrent à circuler, jusqu’au début de l’année 2001, où, sur les 1 300 suppressions d’emplois décidées par la firme, 850 affectèrent le centre de Seattle, sans aucun critère objectif pour l’expliquer [8]. Le but était clairement d’étouffer dans l’œuf toute velléité d’organisation sociale du travail. Velléités vraisemblablement couronnées de succès, puisque, dix ans plus tard, aucune activité syndicale n’est attestée chez Amazon États-Unis.

Avec une hypocrisie caractéristique de la novlangue capitaliste, la direction d’Amazon se refuse à désigner ces travailleurs comme des « employés », préférant, dès lors que l’ensemble du personnel de la société est censé posséder des stock-options, le terme d’« associés ». Non seulement les cadres dirigeants un peu partout dans le monde, mais aussi les manutentionnaires des entrepôts du Bedfordshire, les employés du service clients de Seattle et tous les salariés de la firme sont donc les associés du fondateur Jeff Bezos ; ils travaillent, comme lui, au succès d’Amazon, et doivent tirer fierté de participer au rayonnement de l’entreprise [9]. Pourtant, tous les « associés » d’Amazon ne sont pas égaux, même en matière d’intéressement : en 2004, lorsque sa filiale française met en œuvre un plan social de grande ampleur, la plupart des employés remerciés constatent que, grâce à un savant montage, ils sont dans l’impossibilité de liquider leurs stock-options pour en récupérer la contrepartie financière [10]. Le vernis du discours fondateur d’Amazon (une entreprise caractérisée par la participation de tous à l’activité et aux bénéfices, des conditions de travail décontractées, amicales et stimulantes, etc.) n’aura donc pas mis très longtemps à craquer, comme le constate d’ailleurs dès 2001 Marcus Courtney, l’un des fondateurs de WashTech :

« C’était l’exemple-à-suivre.com, le lieu où il fallait travailler, où il fallait être. Aujourd’hui, c’est la compétition avec les travailleurs indiens pour les postes. C’est la “Silicon jungle” ».

Logistique et distribution : le silence des entrepôts

L’exemple d’Amazon n’est pas isolé. La firme de Jeff Bezos n’est que l’archétype des nouvelles formes d’exploitation que recouvre l’Internet. Les usagers de l’Internet ont d’ailleurs du mal à se figurer qu’au-delà de l’écran, des hommes et des femmes bien réels enregistrent et assurent la préparation et la livraison de leurs commandes, répondent à leurs demandes d’assistance en ligne, etc. De façon générale, les « travailleurs de l’Internet » forment une masse invisible, paupérisée, retranchée dans des entrepôts placés sous vidéosurveillance, mais à l’abri des regards extérieurs. Mener l’enquête dans de tels endroits est une tâche difficile et l’information sur les conditions de travail de ces lieux est rare, mais chaque fois qu’à la faveur de mouvements sociaux encore embryonnaires, elle parvient à filtrer, elle donne à voir une réalité peu amène. Et la France n’y fait pas exception. Le 13 mai 2008, une centaine d’employés de CDiscount, sur les 800 que compte le groupe, se mettent en grève, en Gironde. La plupart sont caristes et préparateurs de commandes. Ils souhaitent notamment bénéficier de temps de pause plus longs alors qu’il leur arrive, « l’hiver, de travailler dans les entrepôts par des températures négatives, sans pouvoir prendre de boissons chaudes » [11]. L’immense majorité d’entre eux ne gagnent pas plus que le Smic, même après plusieurs années d’ancienneté. Au bout de dix jours à peine, les salariés doivent interrompre le mouvement sans avoir obtenu la moindre avancée, parce qu’ils ne peuvent plus tenir financièrement [12]. En décembre 2009, une grève touche l’entrepôt principal d’Amazon France, près d’Orléans. Les syndicats s’insurgent contre le fait que plusieurs salariés ont été licenciés pour « insuffisance professionnelle » depuis le début de l’année ; l’approche des fêtes de fin d’année a entraîné le doublement des effectifs grâce au recrutement d’intérimaires. « L’ambiance est actuellement très tendue, commente un responsable de Force ouvrière. Pour faire face à l’afflux des commandes, on nous demande des objectifs que l’on ne peut pas atteindre » [13]. Les revendications des grévistes – ceux des salariés qui bénéficient de contrats à durée déterminée – sont simples : hausse des salaires, possibilité d’un treizième mois, tickets restaurants et primes d’équipe, et augmentation de 10 minutes du temps de pause quotidien. Devant la difficulté de mobiliser les intérimaires [14], la grève prendra rapidement fin sans que la direction n’ait eu à faire la moindre concession. Ces divers mouvements de grève ne doivent pas être traités comme des cas isolés. Cadences infernales, salaires minima, contrats précaires, fragilisation des droits sociaux et syndicaux : le commerce sur l’Internet est un secteur économique fortement concentré, animé pour l’essentiel par quelques groupes d’envergure nationale ou internationale, placés dans une situation de concurrence accrue ; ces firmes tentent donc, par tous les moyens, de réduire le coût d’une main-d’œuvre encore indispensable tout en augmentant son volume d’activité. Tâche en partie facilitée par l’isolement des travailleurs au sein de grands entrepôts, eux- mêmes situés à l’écart des grands centres urbains et par l’ignorance publique et l’indifférence médiatique à l’égard de leur situation. Ignorance et indifférence encore plus grande lorsqu’il s’agit de services sous-traités et délocalisés à l’étranger comme les plates-formes téléphoniques dédiées à la « relation clients ».

Longue distance : la délocalisation des centres d’appels

Tout comme la logistique, les services de gestion de la relation clients nécessitent une main-d’œuvre généralement peu qualifiée, mais importante, donc onéreuse. Cependant, à l’inverse de la première, difficile à délocaliser pour des raisons évidentes d’acheminement des produits, les services téléphoniques de relation clientèle peuvent aisément être installés dans les pays qui pratiquent le dumping social. La délocalisation des grands centres d’appels dédiés aux clients des entreprises de l’Internet – en Inde pour les pays anglo-saxons, en Tunisie, au Maroc et en Roumanie pour les pays francophones – est ainsi devenue une pratique généralisée. Le secteur du commerce électronique n’est d’ailleurs pas le seul à exploiter en sous-traitance les plateaux de centres d’appels installés dans les pays en voie de développement. Tous les acteurs de l’Internet, notamment les FAI, ont systématiquement recours à cette pratique. La concurrence est féroce au sein même des pays en développement pour capter le marché de l’« outsourcing offshore », expression anglo-saxonne désignant les opérations de délocalisation des activités de service. Ce marché représente plus de 500 milliards de dollars $$Données communiquées par le Commonwealth Business Council en septembre 2008 (http://www.cbcglobal.org/CBC_Pages/MediaDetails.aspx?MediaId=95). Une entreprise comme Webhelp, basée en France, dispose de plus de 4 000 conseillers à Fès et à Rabat, selon le journal marocain Le Matin. Dès 2003, Frédéric Jousset, président de Webhelp, expliquait sans fard, dans une interview au Journal du Net, tous les mérites de l’externalisation :

« D’abord, cette activité attire à l’étranger des personnes plus qualifiées et plus motivées qu’en France. Par rapport au marché du travail local, les rémunérations qui sont proposées par les centres d’appels sont plus élevées que la moyenne, ce qui permet de capter une population de jeunes, ayant souvent un niveau de formation bac +3, bac +4. Parallèlement, la motivation se traduit par un plus faible absentéisme et un “turn-over”» moins important. Alors qu’en France, le “turn-over” est proche de 30 %, il n’est que de 9 à 10 % à l’étranger. Deuxièmement, le cadre réglementaire est plus souple, surtout en ce qui concerne le travail de nuit, pendant les week-ends ou les jours fériés. Les plages horaires sont plus étendues et les possibilités de flexibilité plus importantes pour un coût moindre. Enfin, le dernier avantage réside dans les économies substantielles que l’on peut faire sur l’externalisation d’un centre d’appels. Grâce à un prestataire offshore, les coûts d’une externalisation peuvent baisser de 35 % » [15].

Sur son site Internet, Webhelp enfonce le clou en affirmant que l’une des raisons pour délocaliser est « une flexibilité accrue en raison de la souplesse des législations, et des comportements sociaux permettant de gérer les pics d’activité avec une réactivité difficile et très coûteuse en métropole » [16]. SFR, Orange, Bouygues Télécom en tant que fournisseurs d’accès Internet, La Redoute, PixMania, M6 Boutique, CDiscount et eBay en tant que sites de commerce électronique sont les clients réguliers de Webhelp. Et cette société n’est qu’un exemple parmi des dizaines d’autres de sous-traitance de la relation clientèle, désormais monnaie courante. Pourtant, le parti pris de l’« outsourcing » n’est pas assumé par les sociétés clientes, que ce soit en Europe ou aux États-Unis : afin de satisfaire leurs contractants, Webhelp, Sitel et tous les autres acteurs du marché demandent par exemple à leurs téléconseillers marocains « une neutralisation de l’accent » [17]. Quant à leurs homologues indiens, employés par les sociétés américaines, ils doivent apprendre par cœur les résultats des compétitions de football américain, au cas où il viendrait à l’idée d’un client de tester leur degré d’« américanité » en les interrogeant sur le dernier match du Superbowl. Ici comme dans le domaine de la distribution, l’écran se dresse entre l’internaute et la réalité ; pour celui-ci, confortablement installé devant son ordinateur, les événements doivent s’enchaîner avec simplicité et fluidité, au gré des doubles-clics [18]. Tout est donc fait pour qu’il ignore les effets pervers de la croissance exponentielle du commerce en ligne. Le rapport marchand est constamment gommé, dissimulé derrière un discours de la « gratuité », de l’« immédiateté », de la « proximité »,de la « disponibilité », de l’« interactivité », etc. qui vise à masquer une réalité beaucoup moins virtuelle et reluisante, celle de rapports d’exploitation décuplés et d’un creusement du fossé entre les cadres dirigeants, principaux bénéficiaires de cette nouvelle donne, et la masse invisible et silencieuse des OS du web.

Profits et participation à l’« économie réelle »

Tandis qu’un employé de centre d’appels marocain gagne à peine 300 euros par mois, la rémunération des administrateurs et ingénieurs de l’économie numérique peut aisément atteindre une centaine de milliers d’euros par an [19]. Sur les 19 665 employés que compte Google, première entreprise du Net, 1 200 sont millionnaires, 500 en dizaines et 80 en centaines de millions de dollars [20]. Les profits des entreprises de l’Internet à l’ère de Google atteignent des sommets. Le numéro 1 mondial de la publicité en ligne annonçait en 2009 un chiffre d’affaires de près de 22 milliards de dollars. Dans le top 30 des firmes de l’Internet, on trouve aussi Amazon (19,1 milliards), Yahoo! (7,2 milliards), eBay (6,3 milliards), iTunes (1,9 milliard) ou encore Buy.com (0,4 milliard) [21]. Avec de tels résultats, on pourrait au moins s’attendre à ce que ces sociétés occupent une part importante dans les recettes fiscales des pays où elles déploient leur activité. Ce serait ignorer les logiques de l’économie mondialisée. Les grandes firmes de l’Internet sont en effet passées maîtresses dans l’art de l’évasion fiscale, grâce à des montages financiers complexes et à la pratique de la délocalisation dans les fameux « paradis fiscaux » des pans les plus rentables de leur activité. Une firme américaine sera par exemple encline à domicilier ses filiales détentrices de brevets dans l’État du Delaware, à la fiscalité plus qu’avantageuse [22]. Les entreprises de l’Internet qui créent des filiales en Europe vont tout aussi naturellement les implanter au Luxembourg. eBay, Skype, AOL, Amazon, l’iTunes Music Store d’Apple, sont toutes établies dans le Grand-Duché, officiellement, du fait de la place centrale que ce pays occupe en Europe, en réalité parce que le Luxembourg, avec l’un des taux de TVA les plus faibles au monde, constitue une véritable oasis fiscale pour ces gros acteurs de l’« économie virtuelle ». L’actuel PDG de PriceMinister, Pierre Kosciusko-Morizet, adepte du libéralisme le plus agressif, s’est d’ailleurs récemment plaint de cette situation dans une interview, jugeant « scandaleux » le dumping fiscal lié à la domiciliation des entreprises au Luxembourg. Il y a, à ses yeux, concurrence déloyale, lorsque des sociétés comme eBay ou Amazon ne paient que 5 % de TVA, alors que les entreprises domiciliées en France sont assujetties à un taux de 19,6 %. L’article lié à cette interview parle de 400 milliards d’euros de manque à gagner pour l’État français en 2008, mais ne précise pas l’origine de cette estimation [23]. Dans ce secteur comme dans d’autres, il faudra donc bien plus qu’un simple « engagement » de la part des États du G20 pour qu’on puisse dire un jour avec l’actuel président de la République française que « les paradis fiscaux, le secret bancaire et la fraude sont terminés » [24]. En avril 2009, le magazine BusinessWeek établit un classement des entreprises américaines cotées à l’indice boursier S&P 500 – qui réunit les 500 plus grandes sociétés du marché américain – en fonction du profit qu’elles parviennent à tirer de la complexité et des « niches fiscales » du code des impôts américain. Sur les vingt-cinq sociétés citées dans cette étude, celles qui paient le moins d’impôt sont liées à l’Internet : au lieu des 35 % qu’elle devrait théoriquement verser au Trésor américain, Amazon ne paie par exemple que 4,1 % d’impôt ; Yahoo! 7,3 %, Akamai, 2,9 %, Saleforce.com, 4 % [25]. Le discours de nombreux économistes selon lequel les bouleversements de secteurs entiers de l’économie et les répercussions sociales entraînées par l’activité des grandes firmes de l’Internet seraient compensés par le fait qu’elles exploitent « de nouveaux gisements de richesse » et participent ainsi au développement de l’économie réelle est donc en grande partie un leurre. Certes, ces firmes engrangent parfois d’énormes profits, mais cette accumulation de richesses n’a qu’un impact très faible sur l’économie réelle, les bénéfices tirés de l’économie de l’Internet étant immobilisés dans les grandes banques des paradis fiscaux et échappant ainsi à toute véritable taxation. Le monde idéal de l’Internet, règne des bonnes affaires et des transactions commerciales simplifiées, univers de l’information gratuite et généralisée, de l’immédiateté des échanges et d’une sociabilité planétaire apparaît donc comme une formidable illusion, un miroir aux alouettes qui dissimule en réalité une machinerie complexe où des soutiers dont on s’applique à nier l’existence participent bon gré mal gré à la prospérité de grandes sociétés commerciales. Quant aux alouettes – c’est-à-dire nous autres internautes –, non seulement elles ignorent le plus souvent cette réalité, mais elles ne semblent pas non plus conscientes de ce que leur participation de plus en plus active à la production des contenus sur le web est elle-même détournée au profit de quelques grandes plates-formes de diffusion. C’est pourtant bien cette autre réalité qui se cache derrière l’enthousiasme un peu trop expansif des partisans de l’« économie numérique » pour le fameux « web 2.0 ».

Notes

[1] Source : http://www.glassdoor.com/.

[2] http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,992927-2,00.html.

[3] Cf. Andrew Gumbel, « Short shrift for unions in Amazon’s silicon jungle », The Indepen- dent, 3 février 2001 (http://www.independent.co.uk/news/business/news/short-shrift-for- unions-in-amazons-silicon-jungle-691065.html).

[4] .http://business.timesonline.co.uk/tol/business/industry_sectors/retailing/article5337770.ece.

[5] En France, on en rend compte sous le titre : « Chez Amazon, des conditions de travail dignes de Zola » (voir France-Info, 17 décembre 2008, http://www.france-info.com/eco- nomie-entreprises-secteurs-2008-12-17-chez-amazon-des-conditions-de-travail-dignes-de- zola-226711-22-23.html).

[6] WashTech est un syndicat américain né au sein de Microsoft, en 1998. Il regroupe donc surtout des ingénieurs et techniciens de l’industrie électronique et logicielle, et combat désormais surtout les tentatives de délocalisation (outsourcing) des grandes compagnies technologiques américaines (voir leur site Internet : http://www.washtech.org).

[7] « Short shrift... », art. cit.

[8] Ibid. Les 450 autres emplois supprimés s’expliquent par la fermeture, au même moment, d’un centre de distribution situé en Géorgie.

[9] En réaction à l’enquête du Sunday Times, Allan Lyal, vice-président pour l’Europe d’Amazon, indiquait au journal : « Nous voulons que nos associés soient heureux de travailler chez Amazon et les intérêts des travailleurs sont défendus par un forum démocratiquement élu des employés, qui rencontrent régulièrement l’encadrement. » (http://business.timesonline. co.uk/tol/business/industry_sectors/retailing/article5337770.ece).

[10] Voir 01net, 10 août 2004 (http://www.01net.com/editorial/249388/droit/amazon-france-en-rupture-de-stock-options/).

[11] Voir 01net, 23 mai 2008 (http://www.01net.com/editorial/381207/chez-cdiscount-la- greve-prend-fin-mais-le-malaise-social-demeure/).

[12] Comme l’explique à 20 minutes Claudine Beyssière, responsable syndicale FO, le 23 mai 2008 (http://www.20minutes.fr/article/232497/Bordeaux-Fin-de-la-greve-a-CDiscount. php).

[13] L’Expansion, 9 décembre 2009 : http://www.lexpansion.com/economie/actualite-high- tech/appel-a-la-greve-chez-amazon-france_210618.html.

[14] Leur « moyenne d’âge ne dépasse pas la trentaine. Ils ne sont pas syndiqués ». Voir l’article d’Alain Beuve-Mery, « En remontant le cours d’Amazon jusqu’aux sources du e-com- merce », Le Monde des Livres, 18 janvier 2007.

[15] http://www.journaldunet.com/0304/030403webhelp.shtml

[16] http://www.webhelp.fr/fr/vos_enjeux/externaliser_centre_appel.

[17] Comme le note par exemple cette annonce du centre d’appels marocain de la compa- gnie Sitel : « Une attention particulière est apportée aux formations non seulement au métier des centres d’appels et aux offres de nos clients, mais également à des considérations plus contextuelles telles que la neutralisation de l’accent et la culture générale française » (http://www.ulysoft-solutions.com/sites/accueilulysoft/Lists/Annuaire_Ulysoft/DispForm. aspx?ID=1761).

[18] Cette demande croît de façon exponentielle et varie suivant les périodes de l’année. Au mois de décembre, période particulièrement propice aux achats sur les sites de vente en ligne, la population des manutentionnaires double dans les entrepôts de préparation des commandes.

[19] On pourra se faire une idée des revenus des employés des grandes entreprises de l’Inter- net en consultant le site Glassdoor.com (http://www.glassdoor.com/index.htm), où ceux-ci sont invités à déclarer spontanément et anonymement leurs rémunérations.

[20] Cf. http://www.webrankinfo.com/dossiers/google/chiffres-cles.

[21] Cf. http://www.begeek.fr/top-30-des-sites-qui-generent-le-plus-de-chiffre-daffaire-en- 2009-2471.

[22] « Le G20 est une entreprise sans crédibilité si sur la liste dite “noire” des paradis fiscaux, il n’y a pas le Delaware, il n’y a pas le Wyoming, il n’y a pas le Nevada... » (Déclaration du Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, Le Figaro, 2 avril 2009).

[23] http://www.journaldunet.com/ebusiness/commerce/pierre-kosciusko-morizet-chat-avec- pierre-kosciusko-morizet/dumping-fiscal.shtml. Officiellement, le taux de TVA au Luxem- bourg est à 15 %, mais les grands commerçants de l’Internet peuvent facilement négocier leur propre taux et le faire tomber aux alentours de 5 %.

[24] Propos de Nicolas Sarkozy au journal de 20 heures du 23 septembre 2009 (http://www. dailymotion.com/video/xam4kz_sarkozy-il-n-y-a-plus-de-paradis-fi_news).

[25] http://images.businessweek.com/ss/09/04/0423_corporate_taxes/1.htm. Google ne fait pas partie de l’indice S&P 500, d’où son absence dans ce classement. Akamai est une société pour l’ensemble des grands sites Internet des serveurs de « cache » à l’échelle planétaire, et une architecture pour diffuser à des coûts moindres des vidéos et documents audio. Salesforce.com est, quant à elle, une société spécialisée dans la mise à disposition d’outils Internet qui permettent de gérer les relations commerciales avec les clients.

Prologue du livre « Rêveurs, marchands et pirates »

Tout commence par un rêve. Le rêve d’une « société ouverte », pour reprendre la belle expression du philosophe Karl Popper[1]. L’Internet en devait être le pilier, en permettant aux uns et aux autres d’échanger en toute liberté. Connaissances, savoir et culture seraient à la disposition de tous et entreraient en résonnance.

De nombreux philosophes ou chercheurs avaient imaginé la situation, avant même que la technique soit en mesure de répondre à cet idéal. Marshall McLuhan, anticipant de quelques décennies l’invention de l’Internet, avait même forgé une expression propre à définir cet état : « le village mondial ». « De toutes parts, écrivait-il en 1962, nous parvient l’information à vitesse accélérée, à vitesse électronique. On dirait que nous faisons tous partie (…) d’un petit village mondial »[2]. Le philosophe chrétien Pierre Teilhard de Chardin avait d’ailleurs lui-même préfiguré la pensée de Marshall McLuhan, en empruntant à Vladimir Ivanovitch Vernadski le concept de « noosphère ». Teilhard de Chardin définissait celle-ci comme une couche de faible épaisseur entourant la Terre et englobant l’ensemble des consciences humaines, comme une immense sphère de la pensée destinée à recouvrir l’humanité[3].

Les pionniers de l’Internet ambitionnèrent d’accomplir ce rêve : approcher un état de « conscience globale », créer des liens entre les hommes, diffuser le savoir et la connaissance, par-delà la distance qui les sépare. Et leur ambition serait aujourd’hui devenue une réalité, pour les deux milliards d’individus qui utilisent régulièrement le réseau Internet. Pourtant, l’idée d’une libération de l’homme par la technologie commençait déjà, à l’époque, à être sérieusement battue en brèche. Les travaux d’un Herbert Marcuse ou d’un Jacques Ellul, par exemple, suggéraient dès les années 1950-1960 que la technique et les valeurs qui lui sont associées pouvaient bel et bien être porteuses de régressions, sur tous les plans – social, culturel, politique, économique et écologique[4]. L’Internet ne semble pas avoir échappé à cette règle, et ses caractéristiques propres (immédiateté des échanges, fluidité de l’accès à l’information, mise en réseau des individus, agrégation des contenus, etc.), qui auraient dû être des atouts pour la transmission de la connaissance et l’avènement d’une conscience universelle, sont devenues autant d’armes au service de l’hégémonie marchande. L’Internet, tel qu’il fut conçu à l’origine paraît n’être plus aujourd’hui qu’un vieux mythe.

À l’heure du web 2.0, l’utilisation du concept d’« ouvert » qui désignait à l’origine des projets collaboratifs, libres d’accès et susceptibles d’être modifiés par tous les utilisateurs – les fameux « logiciels libres » – y est désormais massive, alors même que la plupart des « projets » se prévalant de ce qualificatif sont conçus par des sociétés qui ont au contraire vocation à exercer un droit de propriété sur les contenus et à monétiser leur diffusion. Le terme est même repris désormais par des institutions soucieuses de redorer leur image (voir par exemple l’Open Government Initiative de la Maison blanche aux États-Unis, censée garantir l’idéal démocratique) et peu à peu vidé de son sens. L’Internet est ainsi devenu, en quelques années, un média de masse servant avant tout les intérêts de quelques grandes firmes qui y trouvent des leviers de rentabilité rarement atteints au niveau de l’économie physique (Google, Amazon, les fournisseur d’accès Internet, les « marketplaces », pour n’en citer que quelques-unes). Avec, pour corollaire, de très nombreuses interrogations liées au modèle social de ces sociétés, basé principalement sur l’association d’un petit nombre d’ingénieurs et de cadres intéressés aux bénéfices à une masse de travailleurs précaires, dont une bonne partie sont délocalisés en Chine, à Madagascar ou en Afrique du Nord. Avec également pour conséquence un effort d’appropriation des savoirs, des « biens communs », par ces mêmes acteurs[5], à travers la captation des contenus générés par les utilisateurs du web, qui alimentent leurs plates-formes en ligne, véritables aspirateurs publicitaires. Mais de tout cela, nous n’entendons guère parler. De temps à autre, une coupure de presse nous apprend que la terreur règne dans les entrepôts d’Amazon Grande-Bretagne pour tenir les cadences infernales imposées par le succès foudroyant de la vente en ligne ; ou encore que Google, grâce aux dispositions découvertes au détour d’un paragraphe de son « Contrat de licence utilisateur final », se propose de devenir propriétaire de l’ensemble des informations enregistrées par son navigateur Google Chrome. Mais qui y accorde la moindre attention ? Certes pas les internautes qui ignorent, pour la plupart, les réalités complexes que leur voile l’écran.

Les enjeux liés à l’Internet, lorsque les grands médias s’en font l’écho, sont avant tout de nature financière. On y parle de la capitalisation de Google, du chiffre d’affaires généré en fin d’année par Amazon, ou encore de la valorisation Facebook. Toutes ces informations appellent généralement des discours laudateurs, compte tenu des bénéfices records atteints par ces sociétés et de la jeunesse de leurs dirigeants. L’attention devrait pourtant se porter ailleurs : sur le modèle de société qui nous est proposé par l’Internet et les grand groupes qui polarisent le réseau, sur les problèmes liés à l’articulation public/ privé sur le réseau mondial, sur le fossé numérique qui sépare les pays du Nord de ceux du Sud, ou encore sur la nécessité de préserver les « biens communs », notamment le patrimoine écrit ou visuel de l’humanité, des appétits des grandes firmes. Les véritables enjeux sont là. Sur certains de ces points, des livres souvent très complets ont été écrits ces dix dernières années, porteurs de nombreux débats publics. Beaucoup d’entre eux évoquent pour les déplorer les disparités géographiques de l’accès à l’Internet. De nombreux sociologues et chercheurs en sciences de l’information travaillent sur la notion de la rareté et de la diffusion de l’information. En revanche, peu s’intéressent à la genèse de ce média, aux enjeux qui ont présidé à sa création, aux conséquences économiques et sociales de son ouverture au grand public. Si beaucoup de personnes se défient de l’Internet en général, de la marchandisation des échanges qu’il encourage, de ses atteintes à la vie privée, de l’absence de médiateurs identifiés et de la masse d’informations non vérifiées qui y circule, de l’individualisme et des formes de désocialisation qu’il suscite, bien rares sont les travaux qui s’emparent de ces questions et envisagent la possibilité même d’un contre-modèle.

Or, la dimension de mise en commun des savoirs et l’idée que celle-ci peut nous ouvrir des perspectives en matière culturelle, sociale et même politique n’ont pas complètement déserté l’Internet. Elles se sont déplacées et, pour ainsi dire, réfugiées, au sein des communautés privées de « pirates ». Des îlots dédiés à la conservation du savoir et fondés sur la construction de références communes survivent ça et là, groupes fermés, difficiles à « pénétrer », mais qui accueillent au total plusieurs millions d’internautes de par le monde. Ces « îlots pirates », qu’il faut distinguer des grands sites publics de peer-to-peer, dont l’exceptionnelle rentabilité repose notamment sur des liens étroits avec l’industrie du sexe ou du jeu, se financent par le don, qui leur permet d’assurer la pérennité de leur structure. Ils s’articulent autour de cette idée, fondatrice de l’Internet, que le partage des connaissances et le foisonnement des échanges qu’il entraîne sont, en soi, des richesses et des facteurs d’innovations collectives. Ils contribuent ainsi à l’existence de formes de contre-culture, ancrées dans les concepts au fort potentiel subversif que sont le « libre » et le « participatif ».

L’ambition de ce livre, qui ne prétend donc pas à l’exhaustivité, est de proposer un portrait critique et général de l’Internet, des origines à nos jours, tout en projetant un peu de lumière sur quelques-uns des angles morts de la réflexion sur le « réseau des réseaux ». S’il parvient à fournir au lecteur – dont on prendra le pari qu’il est aussi, à l’occasion, un internaute – quelques clés pour appréhender la « toile » et exercer son discernement lorsqu’il évolue dans ses méandres, alors il aura atteint son objectif.

Notes

[1] Cf. Karl Popper, La société ouverte et ses ennemis (The Open Society and its Enemies ̧ 1945), Paris, Seuil, 1979, 2 tomes.

[2] La Galaxie Gutenberg, la genèse de l’homme typographique, (The Gutenberg Galaxy : The Making of Typographic Man, University of Toronto Press, 1962), Paris, Gallimard, collec- tion « Idées » 1977, 2 tomes.

[3] Teilhard de Chardin parle « d’un reploiement définitif et global de la masse pensante à l’intérieur d’un hémisphère supérieur, où elle ne saurait plus aller que se contractant et se concentrant sous l’effet du temps » (Sur le concept de noosphère chez Pierre Teilhard de Chardin, voir La place de l’homme dans la nature, in Œuvres complètes, tome VIII, Paris, Seuil, 1963).

[4] Voir par exemple Jacques Ellul, La technique ou l’enjeu du siècle, Paris, Armand Colin, 1954 et Herbert Marcuse, La Fin de l’utopie, Paris, Seuil, 1968.

[5] Voir à ce propos le livre brillant de Philippe Aigrain, Cause Commune, l’information entre bien commun et propriété, Paris, Fayard, 2005.